29.06.2009

la charité

13.1   Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

13.2   Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.

13.3   Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.

13.4   La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n'est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil,

13.5   elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal,

13.6   elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité;

13.7   elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.

13.8   La charité ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra.

13.9   Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie,

13.10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.

13.11 Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant.

13.12 Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu.

13.13 Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, la charité; mais la plus grande de ces choses, c'est la charité.

 

J'ai eu envie de publier ce  texte car c'est l'un de mes préférés. Et parce qu'aujourd'hui chez nous c'est la fête des saints Paul et Pierre.

Petru et Pavel en roumain.

Immanquablement je pense en ce jour à mes grands-parents, Petre et Petria, que j'ai aimés discrètement sans jamais le leur dire. On n'avait pas l'habitude à l'époque de trop user de ces mots.

Petre. Il s'enorgueillait pendant les vacances de voir  ses petits-enfants papilloner autour de lui, prêts à lui donner un coup de main ou à écouter, les yeux écarquillés, ses histoires de guerre. Après avoir travaillé dans une mine, à la retraite il s'est consacré à l'artisanat. J'aimais parfois, assise dans un coin de son petit atelier, observer ses mains façonner un objet. Peu à peu la planche perdait de sa rugosité, s'arrondissait, devenait un pied de chaise, une porte d'armoire ou le dessus d'une commode. Même la table ronde autour de laquelle on se réunissait le soir avait été polie par lui. Ses bras ressemblaient au tronc rugueux des glycines qui dégageaient un parfum divin de nature à attirer les gros bourdons noirs qui s'y posaient pour, inlassablement, s'enivrer de sucre.

 

Petria, sa femme, s'occupait de tout le reste. Ménage, jardin, basse-cour. Il y avait le chien, le chat, les poules, la vache, les fleurs dans la véranda, le bain du soir, les prières, les contes, toujours les mêmes. Ses légumes et ses fruits dont profitaient tout visiteur et même les passants. Elle connaissait tous les champignons, toutes les plantes et nous soignait avec des tisanes et des pommades dont elle était la seule à detenir le secret.

Elle a été la personne la plus charitable que j'aie jamais connue. Avec tout ce que ce mot recueille comme sens: altruisme, bienfaisance, humanité, miséricorde. Même les gitans du voisinage l'adoraient.  J'ai hérité ses yeux bleus. Mais il m'a fallu du temps pour me réconcilier  avec la générosité inconditionnelle, mise à mal par une société en plein bouleversement, par un vécu moins épargné par des expériences assez désagréables.

Après avoir vu le film "Filantropica", je ressentais une certaine malaise devant les mendiants, je ne pouvais plus chasser de mon esprit le monde obscur d'une vraie mafia et le visage de cet escroc intelligent "textier" officiel de la mendicité bucarestoise, dont la réplique favorite était:

" La main tendue qui ne raconte une histoire, ne reçoit rien. "

Oui, il m'a fallu du temps, il m'a fallu entendre dire un jour monhommelointain " je donne beaucoup aux pauvres, je garde peu d'argent" pour me réveiller à l'amour du prochain. Pour ne plus juger. Désormais, je donne si j'ai envie, tant et quand j'ai envie. Parfois une petite pièce, parfois un gros billet. J'essaie d'offrir aussi un sourire, un mot, un geste, un pain, une pomme, une fleur.

Avec l'espoir naïf que, depuis son éternité, ma grand-mère me voit et m'adresse, encore une fois, son sourire bleu.

 

 

 

27.06.2009

la Vague

" cela commence par un jeu et finit en dictature"

 

Je viens de finir le livre que Bérengère m'a envoyé (encore merci ! ). Durant la lecture, toutes proportions gardées évidemment, j'ai pensé à plusieurs reprises que Camus avait raison de craindre qu'un jour ou l'autre le bacille de la peste peut éveiller ses rats et les envoyer "mourir dans une cité heureuse".

Cette histoire est baseé sur une expérience réelle menée aux Etats-Unis par Ben Ross, un professeur d'histoire un peu excentrique qui s'ingénie à faire comprendre, d'une manière un peu étrange, le mécanisme du nazisme à ses élèves. Pour ce faire, il crée un mouvement expérimental au slogan fort : " La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action."

Beaucoup d'entre nous, nous sommes sans doute demandé pourquoi personne n'a essayé d'arrêter le massacre? Comment les Allemands ont pu laisser des millions d'êtres humains  innocents se faire assassiner? Comment ont-ils pu prétendre qu'ils n'y étaient pour rien?

Dans ce livre devenu manuel d'histoire en Allemagne, et film aussi je crois, Todd Strasser essaie de donner non La réponse , mais une réponse parmi d'autres possibles.

"Jamais il n'avait souhaité pousser si loin son rôle de leader, mais ses élèves l'y avaient entraîné. Et, en vérité, il n'avait rien fait pour résister. Il devait même reconnaître que, avant que cela tourne mal, il avait apprécié ces moments fugaces de pouvoir. Une salle pleine d'élèves obéissant à ses ordres, le symbole de la Vague qu'il avait créé affiché sur tous les murs du lycée, et même un garde de corps! Il avait souvent lu que le pouvoir pouvait séduire les hommes, et maintenant, il en faisait les frais.  [...] Et qui aurait cru qu'un groupe d'élèves sympathiques comme ceux du lycée Gordon pourrait donner corps à un mouvement fasciste appelé la Vague? Etait-ce là une faiblesse de l'homme, qui le poussait à ignorer la part d'ombre de ses semblables? "

 

 

26.06.2009

invincible

Juste une pensée. ' Coz, long time ago,  he rocked my  world.

 

 

25.06.2009

après le bac

c'est comme après la tempête

quelques livres délaissés sur le parvis des fenêtres

des feuilles de papier froissées jonchant le plancher

des rivières d'encre pour remplir des paperasses

une petite sortie pour marquer une étape et un cadeau joliment offert

" Un parfum aux multiples facettes.Ses notes fruités, son coeur fleuri et féminin, et son fond sensuel et élégant vous inspireront à dévoiler vos différents côtés"

pas trop de perles cette année, malgré la difficulté des sujets

peut-être la jeune fille qui n'a pas lu "Les Misérables", mais a regardé le dessin animé

Un jeune homme qui n'a "jamais été si ému de sa vie"

et un autre, ancien élève de la secondaire, petit lutin aux yeux verts et aux cheveux frisés qui m'a déclaré:

"Le temps a été très généreux avec vous"

: )

23.06.2009

problèmes techniques

Plusieurs de mes amis viennent de me signaler le fait de ne plus pouvoir lire certaines de mes notes ni y déposer de commentaires. Même à moi cela m'est arrivé pour "meert-veilleux" et "pour une nuit avec lui".

 Je voulais juste que vous sachiez que je n'ai banni aucune IP, ni supprimé de commentaires.

Je vais demander à l'hébergeur si cela continue, mais après le bac.

Pour deux jours, je vais de nouveau detenir  "le pouvoir de Némésis" et distribuer "la bienveillance de Tyché" : )

Je vous embrasse.

20.06.2009

pour une nuit avec lui

Photo006.jpgj'ai pris une longue douche afin d'enduire mon corps d'odeurs de vanille et de miel

j'ai décoré mes ongles avec de petites étincelles

j'ai enfilé la petite robe grise en soie aux fines bretelles

j'ai mis mes souliers en cuir argenté et mes boucles d'oreilles en cristal

sensuelle, féminine, sophistiquée je veux l'être

à la hauteur de cette attente, de ces promesses de folie

quelques gouttes de mon parfum Carolina Herrera

Me voilà prête. Il faut pas que j'oublie les présents.

Mes bâtonnetes préférés "après la pluie" qui se consommeront lentement en éveillant nos sens,

 alors que l'air parfumé aux tilleuls de son jardin secret

s'insinuera dans la pièce pour abreuver notre odorat

et faciliter l'entrée dans le monde des songes

des fantasmes...des assouvissement des désirs...

Je lui apporte aussi ce texte écrit il y a quelques temps, alors que je l'espérais si fort

Dieu merci, il est (re)venu...

 (pour suivre mes pas, faites un détour chez charl' , http://monjardinsecretvraimenttressecret.blogspot.com, qui a invité ses ami(e)s à passer une nuit blanche, une nuit de folie avec lui. J'arrive!)

 

Photo013.jpg

Aimer mieux
 
Un jour... il viendra. Je le sens arriver. J'entends ses pas...
Patiemment, il fera le tour de moi afin d'affranchir mes faux-semblants
Tout ce qui est en moi d'impur, de rouillé, de poussiéreux
Pour qu'il n'en reste que le meilleur

D'un regard, d'un très long baiser sur mes lèvres , d'un mot
Il écartera l'ennui, l'amertume de mon front
Toute peur tapie dans les recoins de mon âme, il la chassera
Toute blessure qu'on m'avait infligée, il la guérira

Un amour pur , foudroyant, lumineux
Jaillira alors de nos êtres reliés, de nos corps enlacés
Et se frayera chemin vers mon coeur emmuré

Comme le plus féroce estomac, cet amour inespéré, inattendu
Digèrera les préjugés, les principes, les normes, les tabous
Il me prodiguera des caresses, il m'allumera, il torturera mes entrailles
Nous nous perdrons l'un dans l'autre comme l'avers et le revers d'une même médaille
Fougueux, passionné, aimant, ému, livré à son élan
Il me délivrera de mon état de sévrage sentimental
Il chargera mon corps d'une électricité étrange, d'un éclat surnaturel
Il rendra tout beau pour moi, il exaltera ma chair
Avec ma tête, mon corps, mon coeur je le suivrai, je vibrerai à son rythme
Un seul ventre, une seule bouche, un seul souffle
Tel un violon entre les mains d'un virtuose
Je lui ferai le don de ma jouissance et
Il me consacréra enfin en femme désirable, unique, irremplaçable

Un amour meilleur. Ni plus grand, ni plus fort. Mais authentique, partagé
Que l'on chérira, que l'on protègera de la banalité
Une liaison durable, sacrée. La revanche sur tous les déboires du passé
Sur toutes ces amours éphémères, mensongères, dérisoires, fânées

Ce jour-là...telle une bête sauvage
Qui cède à la main flatteuse, à la voix apaisante
Avec volupté, avec ferveur, avec une joie infinie, avec une folle envie
Je cèderai à l'amour comme si je cèdais à l'interdit

Libres et ivres, dans la lumière et la vérité
Comme deux enfants à l'âge mûr, nous découvrirons le printemps
Il m'aimera. Je l'aimerai. On s'aimera.

 

19.06.2009

" une sorte d 'église"

Comme je l'ai déjà dit chez Ma M., j'ai toujours imaginé l'entrée en amour comme si l'on entrait dans une église. Non, pas peureux, avec un sourire niais, pas avec la tête voilée, les épaules voûtées et la démarche hésitante.
Mais fier et confiant. Car l'amour est un état d'esprit. Une construction qui responsabilise, qui nous met à l'épreuve, qui force parfois nos limites.

Etre "fou amoureux" c'est comme la drogue. On devient euphorique, on se sent le meilleur, le plus fort. Mais l'effet s'évanouit si vite...

Aimer, par contre, c'est, pour moi, comme la foi. Inébranlable. Une motivation incessante pour évoluer. Dans un parfait état de quiétude, d'équilibre, de dévouement, de partage, de non-solitude.

Même pas peur dans l'église de l'amour.

 

Merci à P.o.L. de m'avoir fait découvrir Daran, l'inspirateur de ces mots, et dont elle trouve l'univers poétique beau comme celui de...

Vous devinez ?

Je voulais pour nous deux bien mieux qu'une croyance
Alors je t'ai trouvé une sorte d'église
Dont les murs ne sont pas couverts de faïence, ni de marbre
Les vitraux je les brise, les piliers sont des arbres
L'autel est un rocher tapissé de lichen
On y parle, ni pardon, ni péché
On n'y fait pas l'commerce de douleurs et de peines
On n'y adore ni Dieu ni Diable
Mais la beauté des corps et le sort qui a mis ton amour dans mes veines

Je nous veux sans frontières, sans limites et sans lois
Je veux te respirer, te vivre et vivre en toi
Et croire qu'avant nous tout ça n'existait pas

Nous deux, nous méritons bien plus haut qu'une voûte
Alors je t'ai trouvé une plaine sans routes
Et sans autre limite que les points cardinaux
Et sans traces que celles de nos chevaux qui absorbent l'espace
Au sommet d'une colline j'allume une flamme
Pour qu'on sache qu'un homme une femme
Fêterons sous la Lune la nuit de l'origine
Sacrifice au bohneur de leurs âmes, au futur de leurs fils
Ici les Dieux s'adorent sans aucun artifice

Je nous veux sans frontières, sans limites et sans lois
Je veux te respirer, te vivre et vivre en toi
Et croire qu'avant nous tout ça n'existait pas


 

 

 

18.06.2009

meert-veilleux

Quel vacarme! Le quartier frémit du bruit des pages des livres tournées par le vent, négligemment rangés sur les étals des bouquinistes du vieux marché. Les bottines Richelieu empruntent les allées étroites de la foire de dimanche et, depuis les jardins Vauban parviennent les sons de la musique "expérimentale" des chanteurs de week-end qui ne demandent que quelques centimes et une oreille bienveillante. Les vélos roulent paresseusement dans des zones interdites, les couples de dimanche trimballent de cabas débordant de légumes et de bouteilles de vin, les enfants jouent à la marelle, les arabes inventent des rimes pour vendre leurs dattes et leurs olives.

Je m'arrête toujours devant la petite chocolaterie construite au milieu de XVIII-ème siècle et qui garde encore le style flamboyant désuet de l'époque de Delcourt, son fondateur. Elle est située à l'intersection de la Rue Esquermoise avec le Boulevard National et représente comme un passage vers la zone exclusiviste du Vieux Lille où la bourgeoisie nordique promène les bichons assortis au cabas et les touristes anglais achètent d'une manière compulsive.

 Les pluies de dix secondes éveillent de plus en plus la ville qui commence à fourmiller de chers et tendres, de divas, hallucinant tourbillon de personnages très frenchy; des étudiants à l'Ecole Supérieure de Commerce avec leur coiffure d'Elvis modernes, le polo Lacoste négligemment porté autour du cou et le chemise bleue zadig&voltaire, les petites bourgeoises vêtues de gris et coiffées à la Hepburn,des sénégalais fashion qui font leur prière chez Quick, les vendeuses de gauffres, les activistes de Greenpeace qui s'aguichent à toi et insistent inutilement de te convaincre pendant dix bonnes minutes et que tu refuses poliment, avec le sourire.

 Faute de mieux, cette ville est mon matrioska.Mon amant, mon réfuge, mon camarade d’ivresse.

C'est ma ville, cette ville intoxiquante, folle elle est mienne, elle n'appartient qu'à moi, une ville rien que pour moi, je l'adore et elle m'adore, me déchire, me rend malade, je la déteste et on se querelle affreusement, mais on se réconcilie comme la mer et le rivage dans les accords d'une chanson assez moche qui se demande " sur quel néant glissera ma vie". Elle devrait réaliser sa chance de m'avoir, prendre soin de moi, me poursuivre comme un psychopate, me maudire comme un amant jaloux et écraser mes pas sur les trottoirs qui sentent l'Afrique.

Elle me laisse m'égarer dans les rues de Haensel et Grettel histoire de me punir pour mon ignorance, son orgueuil ne lui permet pas de me demander quoi que ce soit. Je lui offre des heures, des jours, des pas et de l'âme , pourtant elle m'abandonne sur le Boulevard de la Liberté, elle se moque de moi quand je vais de Beaux-Arts à Flandres pour arriver sur la rue NationalePourqoui aurais-je confiance en toi, ville bête que tu es? Tu m'enivres avec tes odeurs de canelle, avec tes éléphants indiens, tu me dragues avec tes mignons cafés, pourquoi m'abandonnerais-je à ces ruelles qui racontent trop d'histoires, offre-moi tes pierres et je t'offrirai mon coeur.

Laisse-moi être une diva, donne-moi un réverbère sous lequel je puisse danser pour toi, donne-moi un podium et je chanterai sur la main qui caresse mon sommeil, jette-moi en toi que je sois ton ombre,  fais moi des câlins avec ta pluie quand la passion aurait trop échauffé mes pieds de ballerine. Laisse - moi sans sentiments, sans sensations, vole mes pensées, mes larmes, et même mes éclats de rire. Vide-moi ! Et des fois, quand je me balade, tout simplement, le sac à dos, le tête dans les nuages, fais- moi sourire, tout simplement.

ll faut que je rentre. Je laisse derrière moi une boîte de conserves remplie de poussière d'ange. Demain je vais offrir des billets gratuits au spectacle de la vie sur la Grande Place et après-demain je vais aider les non-voyants à traverser l'intersection Rue Nationale avec la Rue Béthune.

pour Bérangère, she knows why, les élucubrations d'une jeune étudiante Roumaine - ma fille- égarée dans Lille (j'ai essayé de traduire le plus fidèlement possible, mais c'est dur...)

17.06.2009

pour le meilleur. et pour le pire?

Je mets toujours un temps fou à ranger mes tiroirs. Non, je ne suis pas maniaque. Au contraire ;) Mais, dès que j'en ouvre un, surtout celui d'en bas, je replonge dans la nostalgie. Des cartes de voeux, des faire-part, des poèmes griffonnés sur des couvertures de cahiers d'écolier, des lettres d'amour plus ou moins naïves, plus ou moins enflammées, selon l'âge et la sensibilité de l'expéditeur. J'en relis plusieurs à chaque fois, je souris et je m'étonne encore d'avoir, un jour, éveillé une telle passion, aussi passagère fût-elle. J'ai aussi une petite boîte remplie de babioles qui évoquent, chacune, une rencontre, un geste, un endroit. Et des photos, bien sûr.

Je regardais hier une de date assez récente. Un homme et une femme embrassés. Classique. Qui regardent dans la même direction. Classique aussi.

J'avais du vent dans les cheveux ce jour-là. Lui, il souriait. Etait-il heureux à ce moment précis? Je ne sais pas. Me sentais-je protégée, enveloppée dans sa tendresse? Je ne sais plus. J'ai oublié ses gestes, son parfum, sa voix. Oui, comme dans la célèbre chanson. Pourtant, je me souviens l'avoir aimé. Passionnément, délicatement, tendrement.

Est-ce que j'aimais boire ses phrases sur ces lèvres sensuelles? Je ne me souviens plus.

Est-ce que les coups de son coeur se transmettaient au mien ? Je ne me souviens plus.

Est-ce que les lignes de son corps se pliaient au creux de mes mains ? Je ne me rappelle plus.

Est-ce que j'étais secouée de frissons charnels au toucher de sa peau ? Je ne me souviens plus.

Est-ce que l'on faisait l'amour avec ce déchaînement de sens, avec cette indécence qui pousse à transgresser pudeur et honte? J'ai oublié.

Est-ce que ses baisers soulevaient en moi des volcans d'émotions? Je ne me rappelle plus.

 Et notre histoire a-t-elle été iriguée de joie, d'émerveillement, de gratitude ? Je ne me rappelle plus.

Je me rappelle par contre cette phrase que charl' a, un jour écrite sur son blog, et j'ai soudain froid malgré la canicule: "une personne comme une autre, comme je croise sans doute chaque jour au fil de mes pérégrinations et dont la présence ne se grave pas en moi. "

Voilà ce qu'est devenu pour moi cet homme dont la main repose sur mon épaule. Triste...

Ma chère immuable essayait un jour de "classer" les hommes par catégories. Je ne les évoque pas ici. Mais à y réfléchir je crois qu'il n'y a que deux, en fait. Ceux qui nous aiment et ceux qui ne nous aiment pas. Ceux qu'on aime et ceux qu'on n'aime pas. Ou plus.

 Certains, même partis, continuent de rester présents quelque part, dans le paysage de nos vies. Dans quelque recoin enfoui de notre âme jonchent encore des pépites d'eux.

D'autres, hélas, ceux qui ont pietiné nos rêves et nous ont laissés désemparés, au bord du chemin sont des pensées amères.

J'aimerais avoir l'âme grande et ne pas ternir d'une seconde leur image, ne pas renier leur mémoire. Mais c'est dificile et je ne suis pas une sainte. Et les seuls souvenirs que je caresse avec tendresse sont ceux qui ne m'ont pas flétrie.

Et les seuls hommes dont j'affectionnerai toujours les traces dans ma vie sont ceux qui n'ont pas raté la femme en moi, ceux qui n'ont pas chagriné mon corps, ceux qui n'ont pas imposé à mes bras fragiles l'effort de soutenir leur piedestal.

 Je détourne ma pensée vers cet homme qui me comble à présent et auquel je me refuse parfois comme une vierge hypocrite. C'est injuste, indélicat je le sais. Mais, après m'être aventurée tel un crabe écervelé vers les rochers les plus escarpés, je crains un peu le désordre amoureux. Je refuse désormais à la passion d'imposer ses lois. Telle l'alouette d'une belle légende roumaine, je me suis trop rapprochée du soleil et j'en suis revenue les ailes cramées.

Parfois, lorsqu'il me transperce de son regard ardent je me demande ce qui va se passer si un jour on arrive au bout de notre histoire.

Son sourire, si rassurant aujourd'hui, deviendra-t-il grimace pour cacher une forme inavouable de mensonge?

Vais-je, une fois de plus, déserter sans un mot, et le laisser seul, la main tendue, ensanglantée comme celle du roi Lear?

Ou bien, aurons-nous appris, chacun de son côté, à nous désaimer en douceur, sans cachotteries, sans non-dits, sans violence aucune?

Mais, pour l'instant, c'est avec lui que je chemine, que je retrouve le goût de vivre, c'est lui qui me fit pousser de nouvelles ailes resplendissantes de beauté.

Et je chasse ces pensées malveillantes comme l'on chasse une mouche énervante dans un après-midi torride estival.

Je me laisse aimer, je me laisse aller, car, comme dirait la chanson, " je n'ai rien prévu pour demain".

 

 Ben Harper- Having Wings

 

16.06.2009

traces d'âme

Jekai no owari to hado-boirudo wandarando.

Non, je ne fais pas de bulles de savon. C'est juste le titre original du livre que je viens de finir.

Et dans lequel Murakami réussit avec ironie, un peu de cynisme, de la provocation, à créer un  univers mystérieux, fantastique.

Deux espaces temporels.

Deux mondes différents. Celui de Watashi, dominé par les mots et les sons. Celui de Boku, dominé par les images et les chansons.

Un voyage à l'intérieur des souvenirs. Un essai de dissection de l'identité.

Un choix cornélien: renoncer "au coeur et à l'âme" à l'échange de la vie éternelle ?

Le monde réel, sur le point de mourir, ou celui éternel, vide de sentiments ?

 "- C'est à cause de moi que tu ne peux pas ouvrir ton âme ? m'a-t-elle demandé. Parce que je incapable de répondre à tes sentiments et alors tu te refermes sur toi, non ?[...]

-Non, ce n'est pas ça. Le problème est à l'intérieur de moi. J'ai  la sensation de ne pas trouver mon âme, c'est pourquoi je suis confus.

- Cela veut dire que toi-même, tu ne te comprends pas?

- Parfois je me comprends, mais trop tard, quand il n'y a plus rien à faire. Mais dans la plupart des cas, j'agis sans rien comprendre et je suis très dérouté.

- Comment l'âme peut-elle être imparfaite à tel point?

- Moi aussi je crois qu'elle est imparfaite. Mais elle laisse des traces. Comme des pas dans la neige. On peut toutefois les suivre.

- Et où mènent-ils ?

- Chez la personne respective. Mais sans âme, ils ne mènent nulle part."

Je suis allée deux fois, à différents bouts du monde. Mais il n'y avait pas de neige. Juste un peu sur mon coeur...