17.06.2009
pour le meilleur. et pour le pire?
Je mets toujours un temps fou à ranger mes tiroirs. Non, je ne suis pas maniaque. Au contraire ;) Mais, dès que j'en ouvre un, surtout celui d'en bas, je replonge dans la nostalgie. Des cartes de voeux, des faire-part, des poèmes griffonnés sur des couvertures de cahiers d'écolier, des lettres d'amour plus ou moins naïves, plus ou moins enflammées, selon l'âge et la sensibilité de l'expéditeur. J'en relis plusieurs à chaque fois, je souris et je m'étonne encore d'avoir, un jour, éveillé une telle passion, aussi passagère fût-elle. J'ai aussi une petite boîte remplie de babioles qui évoquent, chacune, une rencontre, un geste, un endroit. Et des photos, bien sûr.
Je regardais hier une de date assez récente. Un homme et une femme embrassés. Classique. Qui regardent dans la même direction. Classique aussi.
J'avais du vent dans les cheveux ce jour-là. Lui, il souriait. Etait-il heureux à ce moment précis? Je ne sais pas. Me sentais-je protégée, enveloppée dans sa tendresse? Je ne sais plus. J'ai oublié ses gestes, son parfum, sa voix. Oui, comme dans la célèbre chanson. Pourtant, je me souviens l'avoir aimé. Passionnément, délicatement, tendrement.
Est-ce que j'aimais boire ses phrases sur ces lèvres sensuelles? Je ne me souviens plus.
Est-ce que les coups de son coeur se transmettaient au mien ? Je ne me souviens plus.
Est-ce que les lignes de son corps se pliaient au creux de mes mains ? Je ne me rappelle plus.
Est-ce que j'étais secouée de frissons charnels au toucher de sa peau ? Je ne me souviens plus.
Est-ce que l'on faisait l'amour avec ce déchaînement de sens, avec cette indécence qui pousse à transgresser pudeur et honte? J'ai oublié.
Est-ce que ses baisers soulevaient en moi des volcans d'émotions? Je ne me rappelle plus.
Et notre histoire a-t-elle été iriguée de joie, d'émerveillement, de gratitude ? Je ne me rappelle plus.
Je me rappelle par contre cette phrase que charl' a, un jour écrite sur son blog, et j'ai soudain froid malgré la canicule: "une personne comme une autre, comme je croise sans doute chaque jour au fil de mes pérégrinations et dont la présence ne se grave pas en moi. "
Voilà ce qu'est devenu pour moi cet homme dont la main repose sur mon épaule. Triste...
Ma chère immuable essayait un jour de "classer" les hommes par catégories. Je ne les évoque pas ici. Mais à y réfléchir je crois qu'il n'y a que deux, en fait. Ceux qui nous aiment et ceux qui ne nous aiment pas. Ceux qu'on aime et ceux qu'on n'aime pas. Ou plus.
Certains, même partis, continuent de rester présents quelque part, dans le paysage de nos vies. Dans quelque recoin enfoui de notre âme jonchent encore des pépites d'eux.
D'autres, hélas, ceux qui ont pietiné nos rêves et nous ont laissés désemparés, au bord du chemin sont des pensées amères.
J'aimerais avoir l'âme grande et ne pas ternir d'une seconde leur image, ne pas renier leur mémoire. Mais c'est dificile et je ne suis pas une sainte. Et les seuls souvenirs que je caresse avec tendresse sont ceux qui ne m'ont pas flétrie.
Et les seuls hommes dont j'affectionnerai toujours les traces dans ma vie sont ceux qui n'ont pas raté la femme en moi, ceux qui n'ont pas chagriné mon corps, ceux qui n'ont pas imposé à mes bras fragiles l'effort de soutenir leur piedestal.
Je détourne ma pensée vers cet homme qui me comble à présent et auquel je me refuse parfois comme une vierge hypocrite. C'est injuste, indélicat je le sais. Mais, après m'être aventurée tel un crabe écervelé vers les rochers les plus escarpés, je crains un peu le désordre amoureux. Je refuse désormais à la passion d'imposer ses lois. Telle l'alouette d'une belle légende roumaine, je me suis trop rapprochée du soleil et j'en suis revenue les ailes cramées.
Parfois, lorsqu'il me transperce de son regard ardent je me demande ce qui va se passer si un jour on arrive au bout de notre histoire.
Son sourire, si rassurant aujourd'hui, deviendra-t-il grimace pour cacher une forme inavouable de mensonge?
Vais-je, une fois de plus, déserter sans un mot, et le laisser seul, la main tendue, ensanglantée comme celle du roi Lear?
Ou bien, aurons-nous appris, chacun de son côté, à nous désaimer en douceur, sans cachotteries, sans non-dits, sans violence aucune?
Mais, pour l'instant, c'est avec lui que je chemine, que je retrouve le goût de vivre, c'est lui qui me fit pousser de nouvelles ailes resplendissantes de beauté.
Et je chasse ces pensées malveillantes comme l'on chasse une mouche énervante dans un après-midi torride estival.
Je me laisse aimer, je me laisse aller, car, comme dirait la chanson, " je n'ai rien prévu pour demain".
Ben Harper- Having Wings
13:29 Publié dans amour | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : à quatre mains, essai amoureux
Commentaires
No comment ! everything is just right and beautiful !
Ecrit par : bérangère | 17.06.2009
waouhhh.... très très fort ton texte... et très très vrai... aussi... car il montre qu'outre les hommes, sur cette vieille Terre, le monde est partagé en 2 catégories : ceux qui font des efforts et les autres qu'on a envie de jeter au fond d'un vieux puits... vu leur petitesse, méchanceté, égoïsme etc...etc...
j'espère que ton cheminement durera le plus longtemps possible... et que cette mouche succombera vite à une crise cardiaque ou à une tapette bien sentie... splashhh....
Ecrit par : charl' | 17.06.2009
Vrai tes paroles car mon premier j'en ai parlé et pourtant aucun souvenirs précis de nos étreintes pendant trois années.. Les seules pensées qu'il me reste sont celles d'une jeune fille apeurée et incomprise.. Mais un homme qui fait cas à toi, à ce que tu es vraiment, laisse souvent une jolie trace indélébile....
Je suis souvent nostalgique quand je passe ici, j'aimerais bien revivre mes souvenirs mais quand quelque chose s'est brisée même tout doucement on en n'a plus envie, ou plutôt envie d'autre chose.. L'aventure à deux est aussi belle qu'une excursion sur le toit du monde , mais encore bien plus difficile !
Ne cherche pas à comprendre, laisse toi porter par ton amour, tu as raison demain est un autre jour !!!!
Ecrit par : Virginie | 17.06.2009
En effet, comme dit Bérengère, que rajouter en commentaire ?
Le troisième paragraphe sur l'enchevêtrement des souvenirs, images, sensations, sentiments, ce qui reste et ce qui s'est évaporé est très fort, et, me semble-t-il, très juste.
Soyons fous, je t'en offre une bise tiens !
:-)
Ecrit par : Simon | 17.06.2009
Comme je comprends bien tout ce que tu écrits dans ce magnifique billet , les souvenirs , les traces , "l'ame pas assez grande " pour supporter tout ça
C'est beau , c'est juste , trouver les mots comme ça
Prends le temps d'aimer , au jour le jour
bises ma Dana
Ecrit par : Jeanne | 17.06.2009
Pourquoi penses-tu que ça puisse s'arrêter un jour ?
Je ne l'imaginais pas moi tu sais et c'est arrivé par le jeu du destin. L'amour était si présent, si fort, si beau qu'il ne pouvait y avoir de fin.
Maintenant mon coeur bat toujours. Mon ventre se tord parfois sous le coup d'une émotion, fugitive. Je voudrais tant me laisser aimer...
Tes mots me touchent toujours, mais ça, tu le sais.
Je t'embrasse !
Ecrit par : Chriss | 17.06.2009
J'aime ton obstination têtue à aimer malgré les possibles récifs qui pointent dans ta mer intérieure; néanmoins, si j'étais ton homme, je te donnerai une bonne fessée. Tu sais combien elle serait méritée, hein !? ;)
Bisous tendres bella Dana.
Ecrit par : Blog_trotter | 18.06.2009
Tu "prends le risque" d'aimer, encore, toujours, c'est entre autres ce que j'aime et admire chez toi. Cette tendresse énorme, invincible je dirais, que ta grande lucidité n'altère pas.
"ceux qui n'ont pas imposé à mes bras fragiles l'effort de soutenir leur piedestal" : à la lecture de ces mots, je te serre dans mes bras. C'est lourd, un piedestal, ça écrase lentement...
Je t'embrasse fort et tendre, ma Dana.
Oui, définitivement Ma Dana...
Ecrit par : M. | 18.06.2009
et puis il y l'Unique
c'est la troisième catégorie
celle où il n'y a qu'un élément
l'homme avec qui tout coule de source
le complément qui s'imbrique parfaitement
la moitié dont nous rêvions
celui qui nous aime aussi fort, que nous l'aimons
où tout est confiance et équité ...
votre texte est magnifique
tout en sensibilité
amitiés
Ecrit par : charivarii | 18.06.2009
bérangère> Are you losing your French when you like ? : ) Thanks for all. Kisses.
charl'> Tu y vas fort, hein? Je ne tue pas les bestioles, je trouverai bien une autre solution. Merci d'espérer. Pour moi. Bises.
Virginie> Parfois on a besoin de sortir de nous ces histoires pour libérer des cases trop chargées et en recevoir d'autres. On écrit pour effacer. On nomme pour éloigner. Mais, je ne range pas trop souvent : ) Je vais t'obéir, je vais mettre de chaussures de marche et grimper la montagne de l'amour. Je t'embrasse.
Simon> J'adore tes analyses, comme si tu étais le maître et moi l'élève. Mais tu le sais, je l'ai répété maintes fois. Ah bon, puisqu'il faut être fou pour me faire la bise ? Alors je t'en fais deux.
Jeanne> Au jour le jour, sous le soleil et au clair de la lune. Aimer, ça occupe! Je t'embrasse ma Jeanne.
Chriss> Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas de certitudes, parce que je l'ai vécu déjà, du jour au lendemain tout peut basculer. Mais ce n'est pas ce qui va m'empêcher d'épouser les méandres de la passion, over and over again. Oui, je le sais... et j'éprouve une fière vanité. Moi aussi je t'embrasse.
Blog_trotter> Et voilà encore un de mes défauts, l'entêtement, j'abolis tout ce qui alourdit ma marche vers l'amour et je m'avance le regard tourné vers ce qui peut donner un sens à ma vie. OK, je vais lui transmettre le message et si jamais j'ai des bleus, je saurai à qui me plaindre. Je prends les bisous tendrement.
Ma M.> OUI, car le risque d'être à nouveau blessé, trahi est moindre que celui de la prudence, de l'ennui, de la morne grisaille des jours et des nuits solitaires. Je ne me rappelle plus qui disait que "la vie s'arrête lorsque la peur de l'inconnu est plus forte que l'élan." Définitivement, résolument ta Dana : ) Je t'embrasse fort et tendre.
charivarii> Merci de tout coeur pour cette troisième catégorie. Avec ma M., on l'appelle le Bachert. "Confiance et équité" , voilà les mots que je cherchais. Pensées.
Ecrit par : Dana | 18.06.2009
Ces photos cachées dans un tiroir et ces questions qu'on se pose en se souvenant de l'instant passé, fugace fantôme du bonheur, réveillent bien des émotions en moi, Dana.
J'ai dans plusieurs boîtes, parfois même encore dans leur pochette, des centaines de photos empilées que je ne classerai jamais. Je devrais même les jeter car les parcourir me remplissent immanquablement de tristesse.
Plonger dans le passé ne m'a jamais réussi.
Bises :)
Ecrit par : Fiso | 21.06.2009
Il ne faut pas trop chercher pourquoi avec un homme cela ne marche pas. C'est ainsi, il ne trouve pas en toi celle qui le fait vibrer. Il n'y a pas d'échange possible. Donc rien à regretter.
Ecrit par : elisabeth | 21.06.2009
Fiso> Je comprends...Tu sais quoi, laisse-les plutôt dans les boîtes, à force de "déplacer les fantômes" comme disait Bougrenette, on risque de moins apprécier l'instant présent. J'en ai déjà jetés, et avec le numérique et les mails aujourd'hui c'est encore plus facile, un clic et c'est parti, disparu. Je t'embrasse.
elisabeth> Tu as raison, il faut s'incliner devant l'évidence. Car ce n'est pas aimer que de vouloir occuper une place qui n'existe pas pour soi. Sans regrets surtout.
Ecrit par : Dana | 21.06.2009
désolée, c'est merveilleux qui ne fonctionne pas !! pour le meilleur et pour le pire fonctionne
Ecrit par : loula | 23.06.2009
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